L'accès au Self en séance et en dehors

Pourquoi est-il plus facile d'accéder au Self en séance qu'en dehors ?

black blue and yellow textile
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Il existe une réalité que de nombreux thérapeutes ne reconnaissent pas toujours ou n'explicitent pas : les clients ont souvent un meilleur accès à leur Self pendant les séances qu'entre les séances.

Dans le cadre de l'accompagnement, les clients peuvent éprouver une clarté, une curiosité, une compassion, un espace intérieur, une stabilité, etc., qui les surprennent. Ils perçoivent les différentes facettes de leur être au lieu de se mélanger avec. Ils établissent un lien intérieur plutôt que de réagir impulsivement. Ils peuvent décrire ce changement par des phrases comme : « Je ne sais pas pourquoi je le vois si clairement en ce moment » ou « J'aimerais que cela dure toute la semaine ».

Souvent, sans le vouloir, la pratique thérapeutique considère cet état comme un aperçu de la façon dont les clients pourraient ou devraient fonctionner en dehors des séances. Ce n'est généralement pas dit explicitement, mais c'est sous-entendu. Les séances deviennent un point de repère, une intuition de ce qui pourrait être, une démonstration de potentiel.

Puis la vie reprend son cours. Les mails arrivent. Les relations sont mises à rude épreuve. Les anciens environnements réactivent d'anciens rôles. Les protecteurs reprennent leur rôle habituel avec la même intensité et la même implication.

Lorsque ce contraste entre l'accompagnement et la « vie réelle » n'est pas reconnu, de nombreux clients interprètent cette différence de façon personnelle. Un manager pourrait conclure à un échec. Un critique pourrait affirmer que la personne régresse. Une partie découragée pourrait se demander si la clarté perçue en séance était vraiment réelle. Un pompier pourrait dissocier la personne.

Ce qui est souvent passé sous silence, c'est que l'accompagnement n'est ni neutre, ni naturel. Il s'agit d'un champ relationnel soigneusement structuré. Il y a un cadre sécurisant. Il y a une écoute attentive. Une personne accompagne votre système intérieur. Il y a la permission, et parfois même l'invitation, à faire une pause. Il existe une conviction et une intention partagées : l'expérience intérieure est essentielle. Ces conditions sont régulatrices, structurantes et soutenantes d'une manière rarement présente dans le quotidien.

Les conditions de l'accompagnement et de la relation thérapeutique créent un espace où le rythme ralentit, l'attention se tourne vers l'intérieur, le système nerveux se sent accompagné et l'esprit, habituellement tourné vers l'extérieur à la recherche de signes de danger ou d'exigence, est disposé à se tourner vers l'intérieur.

Dans une perspective IFS, les protecteurs accordent souvent plus d'espace au Self en séance, car ils sentent qu'ils ne sont pas seuls à veiller sur le système. La présence attentive du professionnel agit comme un co régulateur et un témoin temporaire. D'un point de vue spirituel, l’espace de la séance peut devenir un petit sanctuaire où les efforts s'apaisent et où quelque chose de plus grand que l'effort peut se manifester. Sur le plan relationnel, être vu sans exigence ni intention particulière procure un sentiment de sécurité rarement expérimenté par de nombreux systèmes nerveux. Sur le plan neurobiologique, cette convergence d'un rythme ralenti, d'une attention focalisée et d'une connexion réactive oriente l'état du système nerveux autonome vers la régulation, favorisant ainsi l'activation des réseaux associés à la curiosité, à la compassion et à l'intégration, tandis que les circuits de détection des menaces relâchent leur emprise.

En d'autres termes, l'accès au Self n'est pas seulement une réussite individuelle. Il repose aussi sur un soutien relationnel.

Lorsque nous, thérapeutes, n'évoquons pas ce phénomène, nos clients peuvent développer une attente inconsciente : « Je peux et dois reproduire seul l'énergie du Self que nous ressentons en séance. » Cette attente est généralement impossible à satisfaire. Nos clients en sont capables, mais les conditions « dans la vie de tous les jours » sont différentes. S'attendre à un accès identique en dehors des séances revient à espérer que le corps récupère aussi vite pendant un sprint qu'au repos. Le système nerveux et notre psychisme ne fonctionnent pas ainsi.

Le coût de cette attente tacite peut être insidieux. Certains clients s'efforcent de générer des qualités du Self à la demande. D'autres tentent de simuler le calme ou la curiosité. Certaines parties d'eux-mêmes cherchent à imiter le Self plutôt que de l'attendre. D'autres encore se replient complètement sur eux-mêmes, persuadés de “mal suivre” leur accompagnement. Aucune de ces réactions n'est un signe d'échec. Ce sont des adaptations intelligentes à des exigences inconscientes.

Lorsque cette différence est abordée directement, les clients ressentent souvent un soulagement, tant intellectuel que physique. Les protecteurs s'adoucissent lorsqu'ils comprennent qu'ils n'ont pas à maintenir seuls les conditions des séances. Les exilés ressentent moins de honte lorsque la perte de clarté est comprise comme contextuelle plutôt que personnelle.

Nommer cette réalité ouvre également la voie à un travail thérapeutique différent. Au lieu de tenter de reproduire les états des séances, nous pouvons explorer ensemble ce qui permet à une infime part de Self de se manifester entre les séances. Pas la même quantité. Pas la même qualité. Juste plus qu'avant.

Une partie animée par l'ambition pourrait souhaiter une liste de contrôle. Une partie sceptique pourrait anticiper une déception. Une partie vigilante pourrait insister sur le fait que le monde extérieur n'est pas suffisamment sûr pour une ouverture intérieure. Une partie pleine d'espoir pourrait déjà imaginer ce qui pourrait aider. Chacune de ces réactions apporte des informations sur ce dont le système a besoin pour permettre une plus grande présence du Self au cours de la semaine.

Parfois, ce qui aide est infime. Une pause avant de répondre à un message. Une main sur la poitrine. Fermer les yeux une seconde et respirer. Un bref bonjour intérieur à une partie de soi. Ces actions ne garantissent pas l'accès au Self, mais elles peuvent rappeler aux protecteurs et aux exilés qu'ils ne sont ni seuls ni abandonnés et que le Self existe, même s'il n'est pas accessible actuellement.

Il peut également être utile de présenter explicitement la vie entre les séances comme un environnement différent. Les séances sont des laboratoires soigneusement contrôlés. La vie est imprévisible. Les compétences acquises dans un domaine sont transposées, et non reproduites, dans l'autre.

Avec le temps, de nombreux clients découvrent que le Self hors séance n'a pas besoin d'être exactement le même que le Self en séance. Dans la relation d'accompagnement, le Self peut se sentir à l'aise et détendu. Au quotidien, cela peut se manifester par une pause de deux secondes, un ton légèrement plus doux, ou la décision de ne pas envenimer une situation. L'intensité et la qualité peuvent varier, mais la présence demeure réelle et ressentie.

Il peut être rassurant pour les clients de comprendre que l'accompagnement n'a pas pour but de les rendre identiques, dans leur vie quotidienne, à ce qu'ils sont en séance, ni de recréer ce qu'ils y vivent. Cette stabilisation peut être perçue comme une aide apportée à leur système pour appréhender et connaître le Self sous différentes dimensions, même de manière brève ou partielle, dans des moments ordinaires, et même en l'absence de tout témoin.

Ecrit par Max Littman, https://maxlittman.com/why-self-is-easier-to-access-in-session-than-outside-it/